Au delà des baobabs... et des vaches sacrées

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Sénégal › A Dakar

Tout ce que nous avons fait pendant nos 5 semaines à Dakar : les associations rencontrées, les péripéties du voyage, le tourisme, les gens; les impressions...

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samedi 29 août 2009

Naître, vivre et mourir au Sénégal...

Cela aurait pu être un sujet de colle d'histoire qui implique un plan avec trois parties, trois sous-parties et une problématique mais non ça ne sera pas ça.

Naître d'abord. La qualité des maternités du Sénégal laisse à désirer d'après les infirmières, sages-femmes rencontrées à l'auberge. Peu de matériels, juste une salle et des lits parfois. Naissance donc à la dure avec parfois peu d'avenirs. Le taux de mortalité infantile n'est pas catastrophique mais bon. Certaines filles par exemple seront mises comme bonnes bien trop tôt, n'iront pas à l'école, seront mariées précocement à des hommes bien plus vieux qu'elles. D'autres, des petits garçons, finiront enfants talibés à mendier dans la rue pour le compte de leur marabout. Dans le pire des cas, comme ce petit garçon de Saint-Louis qui garde le sourire, il sera enchaîné (au sens littéral du terme) à son dara.

Vivre maintenant. Les autres billets explorent déjà cette thématique, je n'irais pas plus loin sur le sujet sauf s'il y a de fortes pressions pour.

Mourir enfin. Nous avons assisté aujourd'hui à un enterrement chrétien. Le mari d'un des nos anges de Thialy comme nous les appelons est mort dans la semaine. Alors comme nous n'avions pas de rendez-vous, que nous vivons ici depuis 5 semaines, quenous discutons quotidiennement avec le personnel, que nous étions aussi curieuses nous avons décidé d'assister à l'enterrement. D'abord, recueillement autour du corps. Avec prières, lectures de passage de la Bible, pleureuses, chants de la plupart des personnes présentes. Ensuite, fermeture du cercueil et messe avec un curé italien avec de nombreux chants encore. Après direction le cimetière. Derniers mots pour le mort et puis direction la maison de la famille pour présenter ses condoléances.
Mais ce qui étonne le plus c'est le monde présent. Tout le quartier, tous les amis du défunt, de la famille, la famille élargie et bien d'autres encore assistent à la messe, au cimetière. Et surtout il y a une longue file d'attente pour présenter ses condoléances. Des centaines de personnes sont présentes.
Ce qui marque aussi ce sont les pleurs et cris des femmes de la famille. Des femmes qui s'effondrent dans les bras d'autres.

vendredi 28 août 2009

Il pleut...

Dakar est sous les eaux, le manque de canalisations d'évacuations des eaux entraîne des inondations assez importantes. Nous pensons à construire un radeau pour aller à l'aéroport...

jeudi 27 août 2009

Rythme du Ramadan

Nouveau rythme suite au Ramadan.

Un rythme dicté par les sons de la mosquée en partie.

En effet, ne pas manger entre 6h et 19h30 bouleverse les habitudes des gens. Des Sénégalais parfois plus tendus, qui s'énervent plus facilement et encore ce n'est que le début du Ramadan, c'est pire paraît-il durant la dernière semaine. Dernière semaine où les policiers pullulent et embêtent les automobilistes pour un rien pour essayer d'avoir un petit billet mine de rien car il faut payer le mouton, les poulets pour la fête de fin de Ramadan. Mais pour le moment c'est encore le début. La toubab du coup regarde beaucoup plus la lune qu'avant, la voit grossir peu à peu et se dit qu'ils vont devoir attendre sa décroissance encore avant de pouvoir manger dans la journée à nouveau.

Pour voir un spectacle étonnant il faut sortir dans les rues le soir, une demi-heure avant la rupture du jeûne. Alors là une succession de petites âmes préparent leurs premiers aliments de rupture. Surtout ne pas commencer par une tieboudien sinon l'estomac ne suit pas. Un verre d'une boisson chaude (souvent du café Touba, café avec des épices comme le poivre) et un morceau de pain et une datte. Le véritable repas viendra plus tard dans la nuit vers 23h et sera suivi vers 5-6 heures du matin d'un autre repas pour tenir la journée et de beaucoup d'eau bue.

C'est donc demi-heure avant la rupture du jeûne une succession de personnes qui achètent son bout de pain, le tartinent et attendent le signal. A Saint-Louis c'est la sirène des pompiers qui annoncent la rupture, à Dakar, ce sont les mosquées. Et là tous se mettent à manger, à boire, la ville est dans un autre état. Fini l'impression d'attente tendue qui était palpable avant 19h30 (enfin mercredi pour être exacte c'était 19h28).

Mais dans la journée, le Ramadan est aussi visible. Les gens qui mâchouillent leur bout de bois à longueur de journée (signe de jeûne), gens irritables et surtout aussi gens qui crachent pour ne pas avaler leur salive. Certains même alors qu'ils peuvent ne pas le faire car ils vont à plus de 80 km de leur domicile jeûnent même s'ils travaillent. Concurrence avec les chrétiens obligent (Carême au Sénégal c'est 40 jours de jeûne intégral de 8 à 20 h). Mais pas d'inquiétude, ceux qui ne font pas Ramadan peuvent manger sans problème...

mercredi 26 août 2009

Car il y a plus de femmes que d’hommes au Sénégal…

Ou comment justifier la polygamie.

Le principal argument des polygames de fait ou dans l’âme est le suivant : il y a au Sénégal entre 60 et 70% de femmes et donc beaucoup moins d’hommes. Donc c’est normal que la polygamie existe sinon il y aurait des femmes célibataires…

Et lorsqu’on essaie de leur dire qu’il y a autant d’hommes que de femmes sur Terre, ils ne sont pas d’accord et ne veulent pas nous croire. C’est peut-être vrai en Europe mais Dieu a fait en sorte qu’au Sénégal, on puisse avoir quatre femmes. Car on ne peut avoir que quatre femmes et il faut les entretenir. Alors pour essayer de les convaincre, on compte les hommes et les femmes que l’on croise dans la rue, mais il ne faut pas compter pour une raison obscure et non justifiée les petits talibés. Et puis les femmes s’entendent très bien avec leur coépouse, sont inséparables au bout d’une semaine. Il y a même des européennes qui acceptent d’avoir des coépouses…

Ces hommes ont-ils lu Une si longue lettre de Mariama Bâ, une écrivaine locale des années 80 qui écrit sur les malheurs que peut vivre une femme qui a subitement une coépouse ? Et ont-ils écouté leurs femmes ? Certaines vivent la polygamie très mal. Certes une partie des femmes éduquées dans l’idée de la polygamie ne voient rien à redire à cela, le subissent sans trop de problèmes mais certaines femmes ne s’y font pas.

samedi 22 août 2009

Quelques images pour passer le temps

Encore quelques photos avec cette fois en plus deux de mes compagnons de route, des animaux, des enfants, une banlieue inondée, des paysages.
finfatick_016.jpg finfatick_017.jpg P1000925.JPG finfatick_039.jpg P1000931B.JPG finfatick_018.jpg Thiarroye_002B.jpg Thiarroye_030.jpg Thiarroye_038.jpg

vendredi 21 août 2009

Comment choisir un nom pour une association ?

A tous ceux qui rêvent de créer leur association, à ceux qui sont dans une association et qui se demandent pourquoi elle s'appelle machin chose, à ceux qui s'amusent du nom de certaines associations, aux lecteurs de mon blog, une question :

comment choisir un nom beau, percutant, efficace ?

Ainsi éviter pour une association le non de l'AFES surtout quand c'est pour les femmes. Eviter aussi les noms à rallonge qui sont difficiles à prononcer, ou les sigles qui ne veulent rien dire et qui sonnent mal. Ce n'est pas facile donc d'éviter tous ces pièges.

D'ailleurs pourquoi vouloir absolument des initiales ? Courants de Femmes, nom que je trouve particulièrement joli (et je ne dis pas ça car je pars avec cette asso), n'est pas une succession d'initiales.

Donc soit on trouve un nom complet joli, soit on décrit un peu ses activités à travers le nom avec un sigle qui sonne bien. Par exemple REVE pour REduction de la Vulnérabilité des Enfants.

Mais la toubab se rend compte que ce sujet qu'elle pensait passionnant au départ et où elle pouvait écrire beaucoup n'est pas en fait un sujet génial sur lequel elle peut développer beaucoup de choses donc elle laisse ces quelques réflexions et fera mieux un autre jour, sûrement sur le début du ramadan.

jeudi 20 août 2009

Lions...

Nous assistons hier au lancement d'un programme de parrainage des enfants des rues et des enfants talibés (enfants sous la tutelle d'un marabout qui apprennent le Coran le matin et mendient l'après-midi) de l'association PromoPop dans la banlieue de Dakar à Thiaroye. C'est car nous étions intriguées par la venue des "faux lions" que nous avons décidé d'assister à cette fête. Journée de travail très longue mais très enrichissante aussi.

P1000901.JPG Les faux lions sont des danseurs hors pairs qui se déhanchent, mangent du feu, font peur aux enfants et sont normalement interdits. Mais pour une fête de quartier avec de la musique, pour une fête avec des enfants qui s'amusent comme des fous, les lions sont parfaits. Mais ces lions tentent aussi de faire danser les enfants et les toubabs, qui ont été mises au premier rang pour mieux voir.

P1000886.JPGAlors prenant son courage à deux mains, la toubab s'élance dans l'arène et essaie de refaire les mouvements de son lion. Ses tentatives déchaînent les rires des enfants. La toubab n'est pas très douée par rapport à un lion surentraîné mais s'amuse bien. Dès qu'elle peut elle va se rassoir sur son siège, mais bien vite on la sollicite pour danser.

P1000930.JPGElle essaie alors de se réfugier derrière des enfants qui sont ravis d'être sur ses genoux mais que les organisateurs de la fête essaient de chasser de la tribune officielle. Mais ils reviennent assez vite, passer une partie de la cérémonie sur les genoux d'une toubab. Bien sûr, ils ont fait leur timide au début, venant serrer la main et repartant aussi vite mais se sont vite enhardis. Lorsque nous devons repartir, c'est une marée de mains d'enfants que nous devons serrer. Heureusement les lions attirent une partie de cette jeunesse et nous pouvons filer. Mais un constat : l'Afrique est jeune, dans les rues pas un visage vieux contrairement à l'Europe.

mercredi 19 août 2009

Où il est question de politique…

Après quatre semaines au Sénégal, deux régions visitées, de nombreuses discussions, un bilan de la politique sénégalaise est possible.

Il semblerait donc que le pays soit divisé en région pro ou anti-Wade. Dakar n’aimerait pas trop Wade tandis que Fatick oui. En effet, sur les murs dans les rues dakaroises de nombreux slogans appellent à voter pour l’opposant du fils Wade ou à le refuser. Ces tags qui datent de mars ou un peu avant montrent que le fils du président n’est pas le bienvenue à Dakar ce qui a été confirmé par le résultat des élections municipales.

Mais ce n’est pas tout, ce qui fait débat et scandale à Dakar est la statue « du président » comme on l’appelle ici. Statue géante horrible en haut d’une des deux collines des Mamelles. Elle gâche le paysage, représente un homme, sa femme et un enfant. Les mauvaises langues disent que c’est Wade et sa famille mais qu’il n’a pas voulu mettre sa fille. Statue surtout qui a coûté très cher et qui est de l(argent inutilement gaspillé. Au lieu de construire des évacuations d’eau de pluie, d’améliorer l’état des routes, de soutenir l’éducation ou autre programme de développement et d’amélioration de la vie quotidienne, Wade dépense l’argent public en statue inutile.
Ainsi les anti-Wade ajoutent qu’il y a deux personnes au Sénégal qui possèdent tout : Wade et Youssou Ndour. L’un a gagné son argent grâce à sa voix, l’autre on ne sait pas trop…

Mais à Fatick on entend un autre son de cloche, Wade est le président qu’il faut. Ce sont alors des slogans en faveur des alliés politiques de Wade qui sont inscrits sur les murs. Et pourtant quand on voit la politique de travaux financés par l’état de Fatick, on peut se poser des questions. Dans une volonté de délocaliser le centre-ville, des constructions ont été commencées plus proche de la gare routière mais au milieu de rien. Cependant comme les ministres ont changé, il y a peu de temps, le flot d’argent a été stoppé et les constructions aussi. C’est donc des bâtiments inachevés que l’on peut voir et qui donnent une vision de désolation à la ville.La politique a pris le pas sur le politique.

D’ailleurs, deux jeunes bénévoles d’Ingénieurs sans Frontières que nous avons rencontré, ont pu avoir un entretien avec un membre important de l’opposition. Et là stupeur, langue de bois et aucune critique envers le parti du président.

Il faut aussi parler des découpages administratifs pour essayer de conserver des régions. Fin 2007 ou début 2008, on a ainsi créé 3 nouvelles régions pour espérer conserver un certain poids aux élections. Régions créées de telle façon que le vote soit favorable au parti du président mais pourtant un résultat mitigé, deux des régions sont passées à l’opposition.

Période difficile pour Wade ou fin d’un règne entaché notamment par la nomination de son fils à un ministère dans un des rares pays stables d’Afrique où les élections ne sont pas contestées ?

mardi 18 août 2009

Retour à Dakar...

Après une journée dans les transports, arriver enfin à l'espace Thialy est un vrai bonheur.

Accueillies à bras ouverts par Pépé, Doudou, Hélène, Dédé, Thérèse et les autres nous retrouvons notre chambre numéro 8 et les confitures de patate douce. Nous retrouvons aussi nos restaurants habituels où l'on mange yassa poisson et fataya délicieuses. Après une semaine sans fataya, un vrai régal. Mais aussi étonnement : la route que nous croyions toujours en travaux est en fait achevée, pas de goudron, déjà quelques trous et bosses.

Et puis de nouveau des odeurs de Dakar plus ou moins agréables. Dans les pas agréables on peut souligner le chat en état avancé de putréfaction sur la place de la mosquée que personne pourtant n'enlève malgré les problèmes sanitaires que ça pourrait poser. Des odeurs de poissons dans le marché Kermel où des chats ont aussi élu domicile, chat d'ailleurs bien plus gros et gras que la moyenne. Des odeurs de pots d'échappement dans les embouteillages dans les rues quand on décide de s'aventurer en plein centre à la recherche de quelques souvenirs et d'un libanais pour faire du change, mais heureusement accompagnées de Dédé.

Et aussi les bruits de Dakar. Adieu croassements, bêlements et hennissements. C'est le retour des klaxons, des groupes électrogènes, des gens qui crient sur le marché, des bruits de travaux (Dakar est un chantier perpétuel), appel à la mosquée. Mais surtout plus personne pour faire pss pss, eh mademoiselle car Dakar est une ville peuplée de beaucoup de blancs, du coup on se fond plus dans la masse.

Mais aussi une constante quel que soit le lieu où l'on est au Sénégal : les coupures d'électricité. Mais des coupures très longues pour Dakar et très fréquentes. Mais nous avons de la chance l'an dernier c'était pire, et la Patte d'Oie a même vécu avec une coupure d'eau de 5 jours ; les réserves n'ont pas suffi alors pour tenir. Mais les coupures ont leur charme : manger à la chandelle (ce que les Sénégalais ne trouvent pas du tout romantique), se déplacer dans les rues de Dakar avec une lampe de poche, se doucher à la chandelle. Un métier rentable à Dakar : vendeur de bougies ??

dimanche 9 août 2009

Afrique verte…

Afrique multicolore en fait. Noire bien sûre, rouge pour sa terre, blanche comme les murs des habitations, verte en saison des pluies, mais aussi multicolore grâce aux pagnes des femmes. Mais surtout étonnamment verte. La route entre Dakar et Fatick permet de voir des champs de verdure. De l’herbe courte mais très belle, d’une couleur dont seule l’Afrique semble avoir le secret. Plus verte encore que l’herbe du Vietnam.

Afrique verte donc contre toute attente, Afrique luxuriante et accueillante, Afrique abondante, Afrique pluvieuse, Afrique riche. Un autre vert rythme le chemin jusqu’à Fatick, le vert des feuilles des baobabs.

Arbre sage, cousin éloigné de l’olivier. Des baobabs qui sont plus ou moins développés mais qui tous imposent leur grandeur et sagesse profonde. Il suffit de voir un baobab pour comprendre l’abondance de légendes et contes autour de cet arbre ancestral. Arbre mystique donc, arbre propice aux manifestations magiques. Même mort, sans feuilles, le baobab n’est pas un arbre comme les autres. Son port royal, son envergure le prouvent. L’homme ne peut rester qu’humble en présence d’une telle végétation. Végétation qui se sait reine des lieux. Elle se faufile entre les jointures de pierre dans les rues désertes de Fatick sans qu’aucun être humain ne puisse l’arrêter. Des forces contre lesquelles nous ne pouvons rien, sont en jeu. La nature sait quels sont ses droits et comment lutter sans mot dire contre les constructions humaines. Sous l’œil bienveillant du baobab, plantes et animaux vaquent paisiblement à leurs occupations regardant le toubab s’agiter sans peut-être comprendre. Les Sénégalais eux ont adapté leur allure à la quiétude et à la sagesse ancestrale des baobabs.

Afrique verte donc qui recèle mille et un secrets. Afrique verte dont ses habitants, portés par la sagesse du baobab, ont raconté, racontent et raconteront l’histoire. Afrique verte qui charme le voyageur de passage. Afrique aux baobabs envoûtants...

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